“La baisse d'incidents ne signifie pas que la criminalité diminue. Elle est simplement moins visible.”
Les activités de construction sont de plus en plus complexes et nécessitent d'importants investissements. De ce fait, les chantiers restent une cible privilégiée des criminels. Bien que le nombre d'incidents signalés ait considérablement diminué l'an dernier, les risques augmentent. Les criminels opèrent avec un professionnalisme croissant et ciblent les matériaux essentiels, ce qui entraîne des retards plus importants dans les projets. C'est ce que révèle le rapport sur la criminalité dans le secteur de la construction établi par la société de sécurité BauWatch Belgium.
Juste avant les congés du bâtiment, l’entreprise de sécurité BauWatch présente son rapport annuel sur la criminalité dans le secteur de la construction. Cette enquête, menée auprès des entrepreneurs, offre un aperçu des activités criminelles sur les chantiers belges. À première vue, les nouveaux résultats indiquent une amélioration de la situation. Ainsi, la perception d'une augmentation de la criminalité sur les chantiers a nettement reculé, passant de 63 % à 49,7 %. Un chiffre qui permet à la Belgique de repasser sous la moyenne européenne, établie à 57,6 %.
Le crime organisé cible les chantiers de construction
« C’est un signe encourageant, mais cette stabilisation reste superficielle et ne reflète pas la réalité dans son ensemble, car les criminels sont de plus en plus professionnels et efficaces, ce qui leur permet de passer inaperçus plus souvent », explique Johan Vrydag de BauWatch. « Se reposer sur ses lauriers n’est donc pas une option. Les entreprises doivent adopter une approche stratégique en matière de sécurité de leurs chantiers, car le crime organisé s’y est implanté. » Le rapport révèle notamment que pas moins de 60 % des personnes interrogées ont été victimes d'extorsion au cours de l'année écoulée. 19 % indiquent même avoir payé une rançon. « Ces chiffres sont supérieurs à la moyenne européenne », poursuit Johan Vrydag. « Ils prouvent que l'influence du crime organisé n'est plus l'exception, mais une réalité structurelle. »
Les risques concernant la sécurité sont sous-estimés
Malgré une exposition croissante au crime organisé, la prise de conscience des risques semble en recul. Les installations de clôtures de périmètre et de systèmes d'alarme sont en effet moins nombreuses. « Paradoxalement, on investit donc moins dans la sécurité physique, alors même que la menace devient de plus en plus lourde, sophistiquée et organisée », constate Johan Vrydag. Une explication possible réside dans la perception d'une baisse de la criminalité. « Les entreprises sous-estiment peut-être le niveau de risque. Or, nos données montrent en réalité que l'impact s'accroît et que l'organisation criminelle se professionnalise. » Si le nombre de projets retardés par des actes criminels a diminué de moitié, la durée de ces retards s'est allongée. Johan Vrydag explique : « Il n'est plus rare qu'un projet soit à l'arrêt pendant trois ou quatre semaines suite à un incident. Les criminels ciblent de plus en plus les matériaux essentiels ainsi que les équipements mobiles, comme les véhicules. » Parallèlement, ils se concentrent davantage sur les zones rurales et isolées. « Dans ces zones, on trouve un nombre particulièrement élevé de projets d'infrastructures et d'énergie. Ce sont des lieux où se trouvent souvent des matériaux de valeur et où la surveillance est plus limitée. D'où l'impact plus important. »
Miser sur la prévention s'avère payant
La fédération sectorielle Embuild confirme ces tendances et appelle à un renforcement des mesures préventives et à une vigilance accrue, notamment pendant la période des fêtes de fin d'année. « Le vol sur les chantiers n'est plus un problème marginal pour les entreprises de construction et d'installation. Il est devenu un risque structurel majeur, aux conséquences financières et opérationnelles importantes. L'impact du vol sur les chantiers dépasse largement la valeur du matériel dérobé. Pour de nombreuses entreprises, il affecte directement leur rentabilité, leur planification, voire leur réputation », déclare son CEO Niko Demeester. Selon Embuild, il est indispensable de systématiquement porter plainte. Cela permet d’obtenir une meilleure vue d'ensemble du problème. « Sans déclaration, la police ne peut pas mener de contrôles ciblés, et les assureurs ou les autorités ne peuvent pas prendre de mesures adaptées. C'est uniquement en signalant les faits que nous pourrons faire reculer ce phénomène », affirme Niko Demeester. De plus, les entreprises doivent prendre conscience que la prévention des vols fait partie intégrante d'une gestion de chantier professionnelle. « Aujourd'hui, investir dans des chantiers clôturés, des caméras intelligentes, des systèmes de tracking et du contrôle d'accès n'est pas seulement nécessaire, c'est tout simplement intelligent. » Désormais la sécurité doit donc être considérée avant tout comme un investissement stratégique. Car les conséquences de la criminalité sont toujours lourdes de conséquences. « C’est pourquoi un véritable changement de mentalité doit s’imposer : passer d’une approche réactive de la sécurité à une approche proactive et intégrée », conclut Johan Vrydag de BauWatch.