Nouveau bâtiment de bureaux Archipelago : Low-tech, vivable et riche d’enseignements
L’été dernier, Archipelago a pris possession d’un nouveau bâtiment de bureaux dans la Diestsestraat, à Louvain. La particularité de ce nouveau lieu de travail pour architectes est qu’il a été conçu comme un véritable banc d’essai grandeur nature. L’objectif : démontrer qu’un confort thermique de qualité en milieu urbain peut également être atteint avec beaucoup moins d’équipements techniques conventionnels. Pas de surenchère en HVAC, donc, mais une interaction soigneusement pensée entre architecture, inertie thermique, protection solaire, ventilation naturelle et usage intelligent du bâtiment.
Archipelago a construit son nouveau bureau au 207 de la Diestsestraat, à Louvain, sur un site autrefois dominé par des surfaces imperméabilisées, des garages et des façades arrière fermées. Aujourd’hui, ce lieu a été transformé en un projet urbain mixte combinant logements, espaces de travail et cœur d’îlot végétalisé. Le bureau s’inscrit dans cette requalification plus large et joue le rôle de maillon entre la rue commerçante animée et la zone de jardin plus calme à l’arrière. Côté rue, le projet s’intègre dans le tissu urbain existant, tandis qu’à l’intérieur il s’ouvre sur un patio et un jardin verdoyant. Cette organisation rend le bâtiment particulièrement lisible dans son usage : urbain et accessible à l’avant, plus apaisé et végétal à l’arrière. Le rez-de-chaussée et le passage vers l’arrière rendent à nouveau l’îlot traversable et compréhensible, au lieu d’en faire un ensemble fermé et tourné sur lui-même.
« Cette ouverture est un principe fondamental du projet », explique Joost Declercq, associé et directeur R&I chez Archipelago. « Le bâtiment se veut un lieu qui permet la connexion et la circulation entre la rue et le jardin. Le cœur d’îlot a été désimperméabilisé et végétalisé. Les arbres, l’infiltration et la réutilisation des eaux pluviales améliorent non seulement la qualité de vie, mais contribuent aussi à créer un microclimat plus frais dans un contexte urbain dense. C’était un point de départ essentiel pour notre concept de laboratoire. Le cœur d’îlot végétalisé n’est pas un décor, mais un élément actif du projet. »
Le bâtiment n’a pas été conçu comme un espace de travail entièrement homogène sur le plan climatique, mais comme un environnement où les températures varient naturellement d’une zone à l’autre.
Réduire d’abord la demande…
Pour son bureau louvaniste, Archipelago a fait le choix délibéré de prendre du recul et d’opter pour une solution low-tech, avec un maximum de refroidissement passif piloté par les données. « Le cœur de l’expérimentation consiste à vérifier si nous pouvons obtenir un bâtiment confortable et fonctionnel avec moins de complexité, moins d’installations et moins d’impact matériel caché. En substance, nous voulons donc examiner si le confort nécessite réellement une technologie complexe. Cette question est particulièrement actuelle dans un contexte de réchauffement climatique. Nous tentons d’y répondre ici dans des conditions réelles, avec des collaborateurs, une occupation variable, des pics estivaux et toute la réalité de l’usage quotidien », explique Joost Declercq.
L’essence de la dimension laboratoire réside dans la stratégie de conception fondée sur la suffisance. Archipelago ne cherche pas à répondre au besoin de refroidissement par davantage d’installations, mais d’abord en réduisant drastiquement la demande de refroidissement elle-même. « Cela passe par une inertie thermique apparente dans la structure et la façade, une orientation réfléchie des surfaces vitrées, une protection solaire intégrée et un concept élaboré de refroidissement naturel par ventilation. La ventilation nocturne rafraîchit la masse du bâtiment, ce qui permet d’atténuer les pics de température pendant la journée », poursuit Joost Declercq.
Grâce aux fenêtres ouvrantes, le besoin de refroidissement classique reste limité, tandis que l’expérience du lieu de travail s’en trouve transformée.
… puis recourir à la technique
Ce raisonnement s’inscrit dans la vision plus large que Joost Declercq développe autour de la construction low-tech. Dans ses travaux de recherche, il défend l’idée que la conception architecturale d’un bâtiment doit déjà absorber la majeure partie des influences climatiques perturbatrices. C’est pourquoi l’apport qualitatif de lumière naturelle, l’inertie thermique et la ventilation naturelle constituent, selon lui, la première étape du concept de conception. Ce n’est qu’ensuite que se pose la question de savoir quelles techniques restent réellement nécessaires.
Archipelago a étudié cette approche en profondeur à l’aide de simulations. « Les résultats nous apprennent que la demande de refroidissement peut diminuer de plus de 80 % par rapport à un immeuble de bureaux standard. Même dans des scénarios climatiques extrêmes, une réduction d’environ 60 % reste atteignable. Cela montre que la réduction de la demande n’est pas un idéal théorique, mais une stratégie de conception dont l’effet est mesurable. »
À l’intérieur, le bureau s’ouvre sur un patio et un jardin verdoyant. Le patio assure le lien entre la rue et le jardin.
Produire moins de chaleur
Au-delà de l’enveloppe du bâtiment, Archipelago s’est également penché sur les sources internes de chaleur. Là aussi, la règle est de limiter la demande de refroidissement avant de faire appel à la technique. Joost Declercq illustre cette approche : « Dans les espaces de travail, nous n’avons pas d’installations informatiques classiques. Nos collaborateurs travaillent avec des ordinateurs portables légers et des écrans, tandis que les stations de calcul sont regroupées dans un local séparé. Nous évitons ainsi que la chaleur ne s’accumule directement dans les bureaux. En période froide, la chaleur produite dans le local informatique est utilisée comme appoint de chauffage. En période chaude, elle est évacuée directement. »
Autre solution ingénieuse pour éviter de lourds systèmes de refroidissement : les ventilateurs de plafond. « Ils n’ont pas simplement été ajoutés comme une solution standard, mais ont également été utilisés dans une logique expérimentale. Il est apparu que ce ne sont pas nécessairement les plus grands espaces qui se réchauffent le plus vite, mais souvent des zones plus petites où la chaleur s’accumule plus rapidement. C’est précisément là que se situe l’enseignement : lorsqu’on analyse correctement l’endroit où se pose réellement le problème de confort, il n’est pas nécessaire de se tourner automatiquement vers un refroidissement plus lourd. Les ventilateurs de plafond permettent de mettre localement l’air en mouvement, ce qui améliore le confort ressenti par les utilisateurs sans devoir abaisser fortement la température dans tout le bâtiment. »
Un apport qualitatif de lumière naturelle constitue l’un des principes de base de la conception low-tech.
Thermal landscaping
Une autre stratégie de conception assumée est l’application du thermal landscaping. « Le bâtiment n’a pas été conçu comme un espace de travail entièrement homogène sur le plan climatique, mais comme un environnement où les températures varient naturellement d’une zone à l’autre. Les collaborateurs réservent à l’avance leur poste de travail via une application et savent, grâce à leur expérience du bâtiment, quels endroits correspondent le mieux à leur ressenti personnel du confort. Le modèle de confort évolue ainsi d’une norme uniforme vers un système de liberté de choix et de différenciation spatiale. Tout le monde ne doit pas forcément se sentir aussi bien partout, tant que les utilisateurs peuvent choisir un endroit adapté à leurs besoins ou à leur activité. Cela fait du thermal landscaping un élément essentiel du concept de confort du bâtiment et rejoint également le principe de suffisance thermique que nous avons appliqué ici », précise Joost Declercq.
Cette stratégie de confort est étroitement liée à la manière dont la ventilation naturelle a été intégrée dans le bâtiment. Grâce aux fenêtres ouvrantes et à un concept de ventilation soigneusement étudié, non seulement le besoin de refroidissement classique reste limité, mais l’expérience même du lieu de travail change. Joost Declercq souligne que les utilisateurs apprécient particulièrement cette relation ouverte avec l’extérieur : « La façade n’est pas une frontière dure, mais une transition poreuse où l’air, les sons et l’environnement restent perceptibles. Les collaborateurs ressentent une brise et entendent les oiseaux pendant qu’ils travaillent. Le climat intérieur devient ainsi non seulement moins dépendant du refroidissement conventionnel, mais aussi plus agréable à vivre. Le fait que les utilisateurs regrettent le contact avec l’extérieur lorsque le bâtiment reste fermé pendant les journées chaudes en dit long sur cette valeur ajoutée. »
La technique comme filet de sécurité
L’approche low-tech ne signifie pas que le bureau d’Archipelago fonctionne totalement sans installations. « Une pompe à chaleur réversible a bel et bien été prévue pour le chauffage et pour le refroidissement de pointe via des plafonds climatiques », précise Joost Declercq. « Mais ici, la technique n’est pas l’épine dorsale du concept de confort : elle constitue un filet de sécurité pour les conditions extrêmes. »
Les installations ont en outre été volontairement maintenues simples : visibles, accessibles et faciles à entretenir. Joost Declercq replace cette démarche dans un débat sectoriel plus large. Les équipements techniques représentent une part importante de l’impact environnemental caché des bâtiments. En limitant d’abord la demande par l’architecture, on réduit donc non seulement la consommation énergétique en phase d’exploitation, mais aussi l’impact matériel associé à un concept technique lourd. Un élément loin d’être négligeable dans la perspective du futur niveau M, la norme appelée à réglementer l’impact environnemental lié aux matériaux.
Le bâtiment de bureaux propose une combinaison d’espaces paysagers ouverts ainsi que de grandes et petites salles de réunion. Un cadre adapté au concept de laboratoire.
Un environnement d’apprentissage pour le secteur
Les premiers enseignements tirés du bâtiment restent pour l’instant essentiellement subjectifs — un monitoring complémentaire est en préparation — mais les premières expériences sont déjà parlantes. « La satisfaction générale est plus élevée que prévu, les installations fonctionnent à faible puissance et même une panne a confirmé que le bâtiment se comportait de manière plus robuste sans intervention technique intensive que beaucoup ne l’imaginaient au départ », indique Joost Declercq.
Archipelago Louvain est ainsi bien plus qu’un bureau durable : c’est un exemple concret, à l’échelle réelle, qui montre comment un bâtiment peut d’abord performer en tant que bâtiment, avant de fonctionner comme une machine. Joost Declercq ne formule pas cela comme un plaidoyer contre la technique, mais comme un plaidoyer pour un autre ordre des priorités : absorber d’abord les influences perturbatrices par l’architecture, réduire les charges thermiques internes et évaluer l’usage de manière réaliste — puis seulement déterminer quelles techniques restent nécessaires. Le bureau louvaniste rend ce raisonnement visible, utilisable et ouvert au débat.
Maître d’ouvrage : archipelimmo
Conception : Archipelago architects
Études : Archipelago architects
Surface : 3.700 m²