Kris Coppens sur l’évolution du travail en hauteur et de la location chez Euro Rent « nous sommes le service matériel externalisé de l’entrepreneur »
Le secteur de la construction traverse une période agitée. Malgré un déficit historique de plus de 300 000 logements, le marché est fragilisé par les faillites, la lenteur des procédures de permis et des marges extrêmement réduites. Dans ce contexte complexe, la manière dont les entrepreneurs gèrent leur parc matériel est en pleine mutation. Quel est aujourd’hui le rôle d’une société de location, notamment dans le domaine du travail en hauteur et des équipements lourds ? Kris Coppens, dirigeant d’Euro Rent – une entreprise forte de plus de cinquante ans d’expérience – explique comment le marché se professionnalise, pourquoi la location s’impose progressivement face à l’achat, et comment la transition énergétique influence discrètement le secteur.
« Euro Rent a été l’un des premiers acteurs généralistes de la location de machines », explique Kris Coppens. « Bien avant l’arrivée des grands groupes sur le marché. À nos débuts, notre activité se répartissait à parts égales entre le secteur de la construction et les particuliers. Aujourd’hui, la situation a complètement évolué : 70 % de nos locations concernent la construction, 20 % l’industrie, et à peine 10 % les particuliers. Cette évolution illustre clairement la professionnalisation du secteur. Les entrepreneurs nous considèrent désormais comme un véritable service matériel externalisé. Grâce à l’ensemble des services que nous proposons autour de la location, nous sommes devenus un partenaire de décharge, permettant aux entreprises de se concentrer pleinement sur leur cœur de métier. » Cette notion de décharge englobe tout ce qui touche à la sécurité et à l’utilisation optimale des machines. « Les clients attendent aujourd’hui bien plus que la simple livraison d’un équipement, même en pleine nuit, sans accompagnement », souligne-t-il. « La performance d’une machine est indissociable de la sécurité de son utilisation. Trop de risques sont encore pris sur les chantiers. Il n’est pas rare de voir une échelle placée dans le panier d’une nacelle pour atteindre quelques centimètres supplémentaires. C’est précisément ce type de pratiques que nous voulons éviter. Lors de chaque location, nous insistons sur l’utilisation correcte et sécurisée des équipements. Lorsqu’un ouvrier dispose du bon matériel, il est beaucoup moins tenté de recourir à des solutions improvisées et dangereuses. » « Nous avons également toujours tenu à être certifiés VCA en tant que loueur généraliste. L’ensemble de notre parc est équipé de codes QR. En les scannant, l’utilisateur accède non pas à un manuel constructeur complexe, mais à un guide visuel synthétique, élaboré par nos soins, en deux à quatre pages. Celui-ci explique de manière claire comment démarrer la machine en toute sécurité, l’utiliser correctement et effectuer les contrôles quotidiens. Un second QR code permet au chef de chantier d’accéder immédiatement aux certificats de contrôle les plus récents, ce qui est indispensable, notamment dans l’industrie. »
Le travail en hauteur : une approche sur mesure
« Notre valeur ajoutée réside avant tout dans le conseil ciblé », poursuit Coppens. « Que la machine soit livrée sur chantier ou retirée par le client dans l’une de nos deux agences, nous fournissons systématiquement des explications précises. Tous nos collaborateurs en contact avec les utilisateurs sont formés lors de toolbox meetings, encadrés par des instructeurs des fabricants. Nous proposons également des visites préalables gratuites afin de déterminer l’équipement le plus adapté. Il arrive qu’un entrepreneur demande une nacelle télescopique lourde pour accéder à une cheminée. Après analyse sur site, nous constatons souvent qu’une machine plus compacte et plus légère suffit largement. » Euro Rent s’est également spécialisé dans l’installation d’ascenseurs temporaires pour personnes et matériaux. « Ce type de projet exige une préparation rigoureuse. Nous effectuons toujours une visite sur site afin d’analyser les flux prévus et les contraintes techniques. La structure du bâtiment est déterminante pour l’ancrage de l’équipement en façade : s’agit-il d’un mur ancien et fragile ou d’un voile en béton armé ? Nous prenons en compte l’ensemble des paramètres – alimentation électrique, zones d’implantation des camions-grues – pour établir une analyse préalable et une offre détaillée. Nous refusons donc les demandes urgentes sans étude préalable. » Dans le domaine de l’échafaudage, l’entreprise apporte également une forte valeur ajoutée logistique. « Nous ne montons pas les échafaudages nous-mêmes ; nos clients sont des échafaudeurs et de grandes entreprises. En revanche, nous prenons en charge toute la logistique. Après chaque location, chaque élément est contrôlé, nettoyé, trié et conditionné en unités prêtes à l’inspection, cerclées pour le transport. Le matériel revient ainsi sur chantier propre et organisé, ce qui permet à nos clients de gagner un temps précieux et d’optimiser leur espace de stockage. »
Pourquoi les entrepreneurs privilégient la location
Historiquement, les entrepreneurs belges ont tendance à investir dans leur propre matériel. « C’est presque culturel », observe Coppens. « Un peu comme notre attachement à la propriété immobilière. Mais cette mentalité évolue progressivement. Au Royaume-Uni ou aux États-Unis, plus de 80 % des équipements de chantier sont loués. Chez nous, ce taux était nettement inférieur. La forte concurrence a tiré les prix de location vers le bas, ce qui amène les entreprises à reconsidérer l’intérêt d’acheter, stocker, entretenir et faire contrôler régulièrement leurs machines. » La flexibilité constitue un autre facteur clé. « Un entrepreneur qui possède une nacelle de 20 mètres se retrouvera rapidement limité : un chantier nécessite 30 mètres, un autre impose un accès restreint avec une machine compacte de 6 mètres. Une machine propre reste inutilisée une grande partie du temps. La location – ou la combinaison de matériel propre et loué – permet de s’adapter aux pics d’activité et d’optimiser les coûts. Cela vaut également pour les entreprises disposant de leur propre matériel d’échafaudage : nous pouvons, le cas échéant, compléter leur stock pour des besoins spécifiques. »
Externaliser l’incertitude
La transition vers des équipements zéro émission et silencieux est en marche, mais son rythme reste modéré, notamment en raison d’un cadre réglementaire peu contraignant.
« Contrairement aux Pays-Bas, où les chantiers peuvent être arrêtés en cas de non-respect des normes d’émissions, la réglementation belge reste relativement souple et peu contrôlée. Avec des marges déjà faibles, les entrepreneurs n’investissent pas spontanément dans des solutions plus coûteuses si leurs clients ne l’exigent pas. Par ailleurs, les évolutions rapides des technologies de batteries renforcent l’intérêt de la location. Une nacelle électrique achetée aujourd’hui offre une autonomie d’un à deux jours. Dans cinq ans, cette autonomie pourrait atteindre une semaine. Quelle sera alors la valeur de revente de l’équipement ? Cette incertitude est de plus en plus transférée vers les loueurs. »
Euro Rent a donc choisi d’investir résolument dans la durabilité. « En tant que membre du programme “Green Deal”, nous mettons l’accent sur la réduction des émissions, l’efficacité énergétique et l’électrification de notre parc. L’an dernier, nous avons exclusivement acquis des nacelles et plateformes élévatrices à batteries. Pour nos clients, l’avantage est clair : ces machines sont proposées au même tarif que les versions diesel. Bien qu’elles soient plus coûteuses à l’achat, elles nécessitent moins d’entretien. » En revanche, l’électrification des nacelles montées sur utilitaires et poids lourds reste plus complexe. « Le principal défi ne réside pas dans la nacelle elle-même, mais dans le véhicule porteur. Les entrepreneurs s’inquiètent de l’autonomie limitée et des longues distances à parcourir, ce qui les pousse à privilégier les motorisations thermiques. Dans ces conditions, intégrer ce type de véhicules dans notre flotte n’est pas économiquement viable : il faudrait doubler les tarifs de location, ce qui n’est pas acceptable pour le marché. »