Vos postes vacants restent désespérément ouverts ? Et si vous envisagiez les demandeurs d’asile…
La quasi-totalité des entreprises de construction se heurtent aujourd’hui à une pénurie aiguë de main-d’œuvre. Salaires attractifs, encadrement solide, équilibre vie professionnelle/vie privée : rien n’y fait. Pour pourvoir leurs postes vacants, les employeurs doivent faire preuve de créativité et oser sortir des sentiers battus. Parfois, ces démarches mènent même à des résultats étonnamment positifs. C’est ainsi que Louis De Waele a décidé de « pêcher » dans un vivier pour le moins inhabituel afin de renforcer ses équipes : les demandeurs d’asile. Une voie loin d’être évidente, mais qui s’avère pourtant porteuse.
Comme beaucoup d’acteurs du secteur, Louis De Waele est confronté depuis plusieurs années à des postes vacants difficiles à pourvoir. « Trouver du personnel qualifié n’a jamais été aussi compliqué qu’aujourd’hui », explique Sébastien Appoloni, responsable de la gestion de la main-d’œuvre. « Nous investissons donc massivement dans la formation interne, ce qui nous permet d’engager des personnes sans connaissances ni expérience préalable dans la construction. Mais même cela reste insuffisant. Trop peu de candidats s’orientent vers notre secteur, ce qui met les services RH sous forte pression et les oblige à redoubler d’ingéniosité dans leur recherche de profils adéquats. »
Une opportunité saisie
Dans ce contexte, le département RH de Louis De Waele est prêt à explorer toutes les pistes. Lorsque Accent Interim lui a présenté l’initiative de l’asbl Jobroad, Sébastien Appoloni a immédiatement été interpellé. « Cette organisation vise à mettre à l’emploi des demandeurs d’asile engagés dans un processus de régularisation », précise-t-il. « Il s’agit de personnes disposant déjà d’un titre de séjour temporaire et d’une autorisation de travail. Les candidats encore en attente d’une décision sur leur demande d’asile ne peuvent malheureusement pas être engagés, en raison du cadre légal strict. Malgré cela, le vivier reste intéressant. »
Ces candidats rencontrent toutefois de nombreux obstacles sur le marché de l’emploi : barrière linguistique, méconnaissance des processus et techniques en vigueur en Belgique… Autant de freins qui rendent les entreprises hésitantes. « Beaucoup de services RH ne connaissent pas réellement le statut de réfugié et ce qu’il implique. C’est précisément pour lever ces freins que Jobroad a été créée. L’asbl voit dans la construction un secteur à fort potentiel : d’une part en raison de la pénurie structurelle de main-d’œuvre, d’autre part parce que la diversité culturelle y est déjà une réalité bien ancrée. Malgré cela, peu d’entreprises osent franchir le pas. Pour notre part, nous n’avons pas hésité, même si nous avons abordé ce projet avec prudence. »
Une motivation hors norme
Cette prudence s’expliquait avant tout par la priorité absolue accordée à la sécurité sur chantier. « Les normes de sécurité sont particulièrement élevées chez nous », souligne Sébastien Appoloni. « Les travailleurs issus d’autres continents n’y sont pas toujours habitués. Ce n’est généralement pas une question de mauvaise volonté, mais plutôt d’habitudes différentes, ce qui peut représenter un risque. Avec des ouvriers expérimentés du secteur, cela se gère plus facilement. Avec des personnes totalement étrangères au monde de la construction, c’est plus complexe. C’est pourquoi, en collaboration avec Jobroad, nous avons d’abord ciblé des profils disposant déjà d’une certaine expérience. »
Un autre critère important concernait le logement : les candidats devaient être hébergés à Bruxelles. « Gérer nous-mêmes le logement ou les déplacements depuis d’autres régions aurait rendu le projet trop lourd. Quant à la motivation, nous avons très vite compris que nos inquiétudes étaient infondées. Les demandeurs d’asile ont souvent vécu des épreuves que nous avons du mal à imaginer. Leur volonté de se reconstruire une vie stable est immense. Ils veulent réellement travailler, s’investissent pleinement et envisagent leur avenir sur le long terme. Exactement ce que nous recherchons dans notre entreprise. »
Un rôle RH élargi
Sur la base de ces critères, un premier candidat a été engagé. Aujourd’hui, cela fait un an et demi qu’il travaille chez Louis De Waele, à la pleine satisfaction de tous. Par d’autres canaux que Jobroad, l’entreprise a également recruté quatre autres demandeurs d’asile. « Cinq personnes peuvent sembler peu, mais cela représente tout de même 4 % de notre effectif ouvrier », précise Sébastien Appoloni. « Nous avons volontairement opté pour une montée en puissance progressive, car cette approche implique des défis supplémentaires. »
Le premier est linguistique : la plupart des réfugiés ne maîtrisent que quelques mots de français ou d’anglais. « Grâce à la diversité de nos équipes, nous parvenons à pallier cette difficulté. Nous les encourageons aussi à apprendre la langue par la pratique quotidienne, et ils font réellement cet effort. » S’ajoutent ensuite des aspects juridiques et administratifs spécifiques. « Nos contrats de travail ont dû être adaptés à leur statut, et leurs documents doivent être régulièrement validés par la commune. Jusqu’à présent, tout se passe bien, mais un suivi rigoureux reste indispensable. Le moindre problème pourrait nous contraindre à mettre fin au contrat, ce qui serait préjudiciable pour toutes les parties. »
Enfin, le rôle du département RH s’élargit. « Ces collaborateurs doivent encore trouver leur place dans le labyrinthe administratif belge. Nous les accompagnons, par exemple pour trouver un médecin, s’affilier à une mutuelle ou à un syndicat, ou encore accéder à certaines aides. Et parfois, ils ont simplement besoin d’une oreille attentive. »
Phase 2 : ouvrir la porte aux profils sans expérience
Louis De Waele n’a imposé aucune limite géographique lors du recrutement et emploie aujourd’hui des personnes originaires d’Afrique, de Syrie et d’Ukraine. « Il est vrai que les techniques et matériaux utilisés ailleurs peuvent être très différents de ceux pratiqués en Belgique », reconnaît Sébastien Appoloni. « Mais cela ne constitue pas un obstacle. Nous élaborons de toute façon un plan de formation pour chaque collaborateur. Si nous avons d’abord privilégié des candidats avec une expérience dans la construction, c’était avant tout pour leur connaissance du terrain et des risques liés aux chantiers. L’expérience positive avec les cinq personnes engagées nous a toutefois confortés dans l’idée d’ouvrir également nos portes à des réfugiés sans expérience préalable. Leur motivation et leur volonté d’apprendre compensent largement, à condition de prévoir une formation intensive. Nous cherchons donc actuellement des partenaires capables d’assurer une formation externe, pour nous-mêmes et éventuellement pour d’autres entreprises du secteur. »
Une piste à recommander
Tout indique que cette démarche est une réussite pour Louis De Waele, qui entend dès lors renforcer cette stratégie de recrutement dans les années à venir. « J’encourage vivement d’autres entreprises de construction à envisager cette voie, car nous n’en retirons que des avantages », conclut Sébastien Appoloni. « Certes, cela demande un investissement supplémentaire, mais celui-ci est largement compensé par ce que l’on reçoit en retour : reconnaissance, gratitude et loyauté. De plus, travailler avec des réfugiés est enrichissant pour l’ensemble des équipes. Découvrir d’autres cultures et écouter leurs parcours de vie permet aussi de relativiser et d’élargir son propre regard sur le monde. Il est encore trop tôt pour juger des collaborations à long terme, mais nous sommes résolument optimistes. »
Grâce à ce projet, Louis De Waele figurait parmi les lauréats des MVO Awards, décernés fin novembre 2025 par la Embuild Foundation. Cordeel, SPIE et Adriatech ont également été récompensés pour leurs projets en matière de responsabilité sociétale des entreprises.
Plus d’informations :www.embuildfoundation.be.