Très légère reprise pour la construction, puis nouveau recul dans les prochaines années
Après plusieurs années de crise, la situation du secteur de la construction et de l’installation s’améliore légèrement en 2026. Selon les prévisions économiques d’Embuild, l’activité du secteur devrait augmenter de 1,3 % cette année, grâce à une demande accrue de la construction de bâtiments non-résidentiels et aux obligations de rénovation en Flandre. On ne peut malheureusement pas encore parler du tout d’un véritable redressement. Il s’agit plutôt d’une reprise unique et très temporaire. « Cette reprise fragile risque d'être étouffée dans l'œuf par les tensions internationales, une crise persistante dans le secteur du logement et un recul des investissements publics dans les infrastructures », explique Niko Demeester, CEO d'Embuild. La fédération de la construction prévient que notre pays s’éloigne de plus en plus de ses objectifs en matière de logement, de rénovation et d’infrastructures. Le secteur des nouvelles constructions de logement est d’ailleurs en souffrance avec un niveau de permis de bâtir historiquement bas et une augmentation des faillites. Dans le cadre des négociations budgétaires fédérales, Embuild demande donc un taux de TVA réduit pour la construction et l'achat d'une habitation propre et unique, ainsi que pour la construction de logements destinés à être loués pendant au moins quinze ans, et réclame également une augmentation structurelle des investissements publics dans les infrastructures de toutes sortes.
La construction en général
Selon les prévisions économiques d’Embuild, le secteur de la construction et de l’installation sortira d’une longue période de repli en 2026. Cette année, l'activité de l'ensemble du secteur devrait progresser de 1,3 %. « Nous tenons toutefois à faire immédiatement une remarque très importante à ce sujet : nos chiffres montrent clairement qu’il s’agit d’un rebond bref et temporaire, partant à la base d’un niveau d’activité trop bas », déclare Niko Demeester, administrateur délégué d’Embuild. « Le secteur est en crise depuis des années et le conflit au Moyen-Orient ne fait qu’attiser davantage cette inquiétude, ce qui risque d’étouffer cette reprise dans l'œuf. La situation géopolitique, qui freine la croissance économique et la confiance des consommateurs, rend le risque d'une nouvelle détérioration nettement plus probable qu'une poursuite de la normalisation ou une amélioration de la conjoncture dans le secteur de la construction. »
Construction de logements neufs
Avec une baisse de l'activité de 0,5 %, le secteur de la construction de logements continuera à connaître des difficultés en 2026. Et en 2027, la situation ne s'améliorera également pas (-1 %). Pourtant, d'ici à 2050, 900 000 logements supplémentaires seront nécessaires dans notre pays, en raison de la croissance démographique (+800 000 habitants), de l'évolution des besoins en matière de logement (davantage de célibataires, de familles monoparentales et de personnes âgées vivant plus longtemps de manière indépendante) et de l'augmentation structurelle de la demande de résidences secondaires.
Dans le cadre des négociations budgétaires du gouvernement fédéral, Embuild plaide pour un taux de TVA réduit à pour la construction et l’achat d’un logement propre et unique, et pour les logements loués au moins 15 ans. Aujourd’hui, plus de la moitié du prix d’achat d’un logement neuf revient aux pouvoirs publics via la TVA, les droits d’enregistrement et autres taxes. Pour de nombreuses familles, cela rend la construction ou l'achat irréalisable.
Rénovation de logements
Les résultats des rénovations de logements restent aussi en dessous des attentes. Le fait que l'activité augmente (+2 %) est principalement dû à l'obligation de rénovation en vigueur en Flandre. Dans le même temps, la croissance sera freinée par l'expiration des plans de relance européens en 2026. Une part importante de ce budget est en effet consacrée à la rénovation énergétique des logements.
« Nous avons toutefois un important retard à rattraper dans le domaine de la rénovation des logements », explique Niko Demeester, CEO d'Embuild. La Belgique compte aujourd’hui 5,7 millions de logements dont l'âge moyen est de 75 ans. 92 pour cent ne répondent pas aux normes énergétiques de 2050. « Concrètement, cela signifie que 5,2 millions de logements doivent être rénovés. Cependant, le rythme actuel de rénovation est beaucoup trop lent : seulement 0,8 % des logements sont rénovés chaque année (40 000 logements), alors qu'il faudrait au moins 4 % pour atteindre les objectifs (205 000 logements). »
Construction et rénovation de bâtiments non-résidentiels
La construction de bâtiments de toutes sortes (industrie, services, agriculture, commerce, bureaux, etc.) devrait bien se porter cette année, avec une hausse de l'activité de 3 %. Cela s'explique principalement par la hausse de la demande en bâtiments commerciaux et agricoles. La construction de bureaux connaît également une hausse cette année, même si cela s'explique principalement par plusieurs grands projets (nouveaux bureaux pour la RTBF et la VRT, nouveau site de la Défense, nouveaux hôpitaux). Le marché de la rénovation de bâtiments devrait connaître une croissance d'un peu plus de 1 % en 2026. Cette augmentation s'explique en grande partie par les programmes wallons de rénovation des hôpitaux et des établissements scolaires.
Infrastructures
Mauvaise nouvelle cette année : le secteur des infrastructures est lui aussi sous pression. Ces trois dernières années, l'activité dans le secteur des travaux d'infrastructure avait fortement augmenté, mais elle stagne cette année et devrait même reculer de 5 % l'année prochaine. Selon la fédération de la construction, les pouvoirs publics de notre pays envoient ainsi un très mauvais signal, car la quasi-totalité des infrastructures a besoin d'une rénovation en profondeur. En ce qui concerne les routes, 18 % doivent être remplacées et 15 % doivent faire l'objet d'une rénovation structurelle. En ce qui concerne les bâtiments publics (écoles, hôpitaux, maisons de repos et prisons), 95 % d'entre eux doivent être rénovés et il est également nécessaire d'augmenter leur capacité d'accueil.
Depuis des années, nos pouvoirs publics investissent systématiquement beaucoup trop peu dans toutes sortes de travaux d'infrastructure. Seuls 3,1 % du PIB sont consacrés aux investissements publics. Embuild insiste vivement pour que l'on se montre plus ambitieux et que l'on porte ces investissements à 4 % du PIB. Au total, l'ensemble des pouvoirs publics (locaux, régionaux et fédéraux) devraient alors investir 5,7 milliards supplémentaires d'ici 2029, pour atteindre ces 4 %. D'autres pays investissent proportionnellement davantage malgré des impôts moins élevés. Ainsi, les 27 États membres de l'UE consacrent en moyenne 3,7 % de leur PIB aux investissements publics.
Reporter ses projets de construction ou de rénovation n'est pas judicieux
Niko Demeester, CEO d'Embuild, conclut : « La pression sur notre secteur reste forte, alors même que les besoins en matière de rénovation et de capacités supplémentaires, tant pour les logements que pour les infrastructures, ne cessent de croître. Nous conseillons donc les consommateurs et les maîtres d'ouvrage à ne pas reporter leurs projets de construction ou de rénovation. De ce fait, notre patrimoine se détériore de plus en plus et les prix ne cesseront d'augmenter. Les investissements dans la construction sont doublement rentables, tant en termes de qualité que de quantité. »