Temps de travail : sept entreprises sur dix enregistrent deja les heures prestees
L’enregistrement du temps de travail pourrait devenir obligatoire dans toutes les entreprises belges dès 2027. Une enquête d’Acerta montre que près de sept employeurs sur dix disposent déjà d’un dispositif, complet ou partiel. Reste une question sensible : comment concilier suivi des prestations, souplesse d’organisation et confiance des travailleurs ? Dans la construction, où les équipes se déplacent entre chantiers, l’enjeu est particulièrement concret.
Le gouvernement fédéral entend imposer aux employeurs un système permettant de mesurer objectivement et de manière fiable le temps de travail quotidien et hebdomadaire. Cette démarche répond à la jurisprudence européenne, qui insiste sur la nécessité de vérifier le respect des durées maximales de travail et des périodes de repos.
La date du 1er janvier 2027 figure dans l’avant-projet de loi, avec un délai de mise en conformité jusqu’à la fin du premier trimestre pour les entreprises qui ne disposent pas encore d’un système adapté. Mais le texte doit encore suivre son parcours législatif. Le 30 septembre, le Conseil national du Travail a rendu un avis divisé, signe que les modalités de la réforme restent débattues.
Des systèmes déjà largement répandus
D’après l’enquête publiée le 24 septembre par Acerta, 69,7 % des employeurs enregistrent déjà au moins une partie des heures prestées. Pour 41,1 % de l’ensemble des répondants, le dispositif couvre tous les travailleurs, grâce notamment à une pointeuse numérique ou à une application. Les autres se limitent à certaines catégories de personnel ou à des situations particulières, comme le travail à temps partiel et les horaires flottants.
Les pratiques varient selon les activités. Dans le secteur à profit social et dans les entreprises de production, 78,7 % des employeurs disposent d’une forme d’enregistrement. Dans les services, cette proportion descend à 62,6 %. L’étude ne fournit cependant pas de résultat distinct pour les entreprises de construction. Il serait donc hasardeux de leur attribuer l’une ou l’autre de ces moyennes.
Cette enquête repose sur les réponses de 304 responsables d’organisations comptant au moins dix travailleurs. Elle ne mesure donc pas directement les pratiques des très petites entreprises, nombreuses dans le bâtiment.
Employeurs divisés, avec un contraste régional
L’existence de nombreux systèmes ne signifie pas que l’obligation fasse consensus. Parmi les employeurs interrogés, 42,8 % y sont opposés, contre 37,8 % qui la soutiennent. Les 19,4 % restants se déclarent neutres.
Le contraste géographique est marqué. En Wallonie, 56,2 % des employeurs se montrent favorables à l’enregistrement obligatoire, notamment parce qu’il facilite le suivi des heures supplémentaires. En Flandre, 49,7 % s’y opposent. Ces différences illustrent des attentes contrastées vis-à-vis d’un dispositif qui peut être perçu comme un outil de gestion ou comme une contrainte supplémentaire.
La confiance avant les coûts
Pourquoi certaines entreprises continuent-elles à fonctionner sans relevé complet des prestations ? Parmi les employeurs concernés, 46,3 % invoquent la confiance accordée à leur personnel. Plus d’un quart, soit 27,9 %, estiment ne pas avoir besoin d’un tel outil.
Les obstacles pratiques arrivent plus loin : 17,6 % mentionnent la charge administrative et 7,4 % le coût. La résistance tient donc moins au prix d’un logiciel qu’aux habitudes de travail et à la crainte de modifier la relation entre employeurs et salariés.
Cette inquiétude se retrouve dans les réactions anticipées du personnel. Parmi les entreprises dépourvues de dispositif, 64,2 % redoutent un manque d’adhésion des travailleurs. Or, seules 24,8 % des entreprises déjà équipées déclarent avoir rencontré une réaction négative lors de l’instauration du système.
Le sentiment de surveillance reste néanmoins réel. Alors que 86,6 % des employeurs non équipés craignent que leurs travailleurs voient l’enregistrement comme un contrôle supplémentaire, 64 % des travailleurs partageraient effectivement cette perception. L’écart invite à relativiser les craintes, sans les balayer.
Sur les chantiers, une distinction essentielle
Pour les entrepreneurs, la réforme annoncée ne doit pas être confondue avec l’enregistrement des présences sur chantier. Le système Checkinatwork permet déjà d’identifier les personnes présentes sur certains chantiers de travaux immobiliers, notamment à partir de 500.000 euros hors TVA.
Une évolution spécifique est par ailleurs prévue au 1er avril 2027 : l’enregistrement des entrées et sorties via Check in and out at work pour les travaux immobiliers concernés et les livraisons de béton prêt à l’emploi. Cette mesure vise la présence sur un lieu de travail. La future obligation générale porte, elle, sur la durée effectivement travaillée par chaque salarié. Les deux démarches répondent à des objectifs différents et ne sont pas automatiquement interchangeables.
Dans une entreprise de construction, cette distinction compte pour les ouvriers affectés à plusieurs chantiers, les déplacements, les pauses, les prestations prolongées ou les équipes de maintenance. Avant de choisir une solution, l’employeur devra examiner ses pratiques et attendre les précisions du cadre légal sur les données à relever.
Un outil de gestion, à condition d’être accepté
Selon Laura Couchard, experte chez Acerta, les entreprises déjà équipées suivent plus facilement les prestations et les heures supplémentaires. La crainte d’une hausse automatique des heures à payer ou à récupérer ne se confirme d’ailleurs pas dans la majorité des entreprises interrogées.
Pour tirer parti du dispositif, les employeurs devront expliquer ce qui est mesuré, à quelle fin et comment les données seront utilisées. Un enregistrement fiable peut éclairer la planification, la charge de travail et le respect des temps de repos. Son efficacité dépendra autant de la clarté des règles que de l’adhésion des équipes.