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Juridique

Ça ne match pas entre employeurs et demandeurs d’emploi

Aujourd’hui, il y aurait un peu plus de 140.000 postes vacants sur l’ensemble du territoire belge qui se heurtent aux 480.000 demandeurs d’emploi recensés. La majorité se situe en Wallonie (200.000) et à Bruxelles (90.000). Alors qu’est-ce qui cloche, sachant que des centaines d’entreprises – et notamment celles du secteur de la construction – pleurent littéralement pour remplir les cadres?

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Si tous les stigmates de la crise économique et financière de 2007-2008 n’ont pas encore été effacés, les entreprises semblent toutefois aborder l’avenir dotée d’un certain optimisme; c’est en tout cas ce que révèlent la plupart des enquêtes réalisées auprès des dirigeants d’entreprise, quelle que soit leur taille. Mais pour embrayer sur cette croissance si longtemps espérée, encore faudrait-il disposer de personnel en suffisance. Car c’est bien le comble, alors que les carnets de commandes se remplissent gentiment, les entreprises, surtout les Pme/Tpe, éprouvent toutes les peines du monde à répondre positivement à cette manne.

La preuve par la dernière enquête du prestataire de services RH Acerta menée début mai 2018, plus de 7 employeurs sur 10 souffrent de la pénurie sur le marché de l’emploi. Dans 11% des cas, l’employeur ne trouve pas de solution et ne peut donc pas pourvoir les postes vacants pour lesquels il y a du travail. 8% des employeurs avouent même refuser des commandes parce qu’ils ne trouvent tout simplement pas les personnes pour effectuer le travail. Et chacun de réagir selon sa philosophie et ses moyens: 19% des employeurs recrutent ainsi depuis l’étranger.

Des facteurs divers

Les raisons pour expliquer cette vacance des emplois alors que tant de gens en cherchent sont nombreuses, diverses et, pour la plupart connues: 

  • inadéquation entre le besoin élevé de compétences recherchées par les entreprises et le faible niveau de formation des demandeurs d’emploi;
  • manque d’attrait de certains métiers (conditions pénibles, salaires peu attractifs, …);
  • bilinguisme déficient qui ne permet pas d’avoir accès au marché du travail de l’autre communauté linguistique;
  • coût du travail rédhibitoire qui ne donne que peu de droit à l’échec aux employeurs;
  • problèmes de mobilité qui pousse certains candidats à décliner un poste parce que trop lointain et/ou mal desservi par les transports publics;
  • sélection parfois outrancièrement pointilleuse de la part des employeurs qui cherchent une concordance totale entre le profil décrit dans leur annonce et celui du candidat.

Quant aux autres facteurs parfois avancés par les employeurs et des mandataires politiques pour expliquer cette désaffection, comme des allocations de chômage trop élevées face auxquelles certains salaires proposés peuvent faire passer des offres pour des «pièges à l’emploi» ou encore la perte de repère des nouvelles générations qui ne perçoivent plus le travail en tant que valeur centrale, si on ne peut pas nier qu’ils existent, ils n’en sont pas moins marginaux.

Une politique de formation aux abonnés absents

Le problème numéro un reste celui de la formation, à commencer par celle des jeunes. Et le phénomène ne date pas d’hier. Si les pouvoirs publics tentent vaille que vaille de prendre le taureau par les cornes après des décennies d’atermoiements, on est encore très loin du compte. Et force est de constater que, en dépit des nombreuses campagnes initiées par les fédérations sectorielles, les filières STEM (science, technology, engineering, mathematics) ne séduisent toujours pas les jeunes, alors même qu’elles sont à même de garantir un emploi pérenne et bien rémunéré.

On a également beau marteler sur tous les tons la liste des métiers en pénurie, ça ne se bouscule pas au portillon pour en apprendre les ficelles… «Moins de 5% des 200.000 demandeurs d’emploi wallons se sont formés dans un métier en demande de main d’œuvre l’année dernière! Les formations du Forem et de Bruxelles Formation ne peuvent pas être occupationnelles quand des milliers de chefs d’entreprise cherchent des collaborateurs formés», déplore-t-on du côté de l’UCM.

A cet égard, la promesse faite par le Premier ministre Charles Michel de prendre à bras-le-corps le problème des pénuries de main-d’œuvre, outre qu’elle est de bon ton à l’avant-veille des élections, n’engage que ceux qui veulent y croire…

Les filières STEM (science, technology, engineering, mathematics) ne séduisent toujours pas les jeunes, alors même qu’elles sont à même de garantir un emploi pérenne et bien rémunéré.

 

Les entreprises misent sur les compétences de leur propre personnel

Les entrepreneurs, quant à eux, semblent pour le moins dubitatifs et fatigués d’attendre les éventuels résultats d’une politique de formation souvent annoncée, mais rarement mise en œuvre, ont visiblement décidé de ne s’en remettre qu’à eux-mêmes. Ainsi, selon l’enquête d’Acerta, 51% d’entre eux, plutôt que de chercher des profils visiblement introuvables sur le marché belge, misent sur la formation de leur propre personnel. C’est d’ailleurs sans aucun doute la meilleure chose à faire, non seulement la formation est un incitant pour les travailleurs, mais elle est aussi le moyen par excellence de concocter soi-même les profils désirés.  

«La formation en interne permet aux gens d’accéder plus rapidement à d’autres fonctions. On peut également le déduire des chiffres: 49 % des employeurs réaménagent des personnes au sein de leur propre organisation vers de nouvelles tâches et 45% voient dans le transfert interne de collaborateurs une part de la solution aux postes vacants», souligne Benoît Caufriez, directeur d’Acerta Consult.

Plutôt que de chercher des profils visiblement introuvables sur le marché belge, 51% des employeurs misent sur la formation de leur propre personnel. (© LindeCup)

Dans le même temps, les employeurs apprennent également à mettre un peu d’eau dans leur vin en optant pour un recrutement moins strict: 35% des employeurs se disent disposés à ne plus se cantonner à une adéquation à 100% (une attitude souvent décriée par le Forem et Actiris) et placent leurs exigences moins haut qu’autrefois en matière de recrutement.  «Les employeurs prennent apparemment les choses en main et misent sur le potentiel de leurs collaborateurs dans le processus de recrutement, et après le recrutement», conclut Benoît Caufriez.

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