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Infrastructure

Renforcement du réseau : du plan à la mise en œuvre

Il y a un an et demi, Fluvius a attribué des contrats-cadres portant sur le renforcement du réseau câblé basse tension (400 V) en Flandre. Un investissement indispensable pour pouvoir absorber, à l’avenir, la croissance rapide du nombre de pompes à chaleur, de véhicules électriques et d’installations photovoltaïques. Quatre opérateurs ont été sélectionnés. Chacun d’eux est chargé de la réalisation et de la mise en service de quelque 225 kilomètres de nouveau réseau basse tension par an, en assurant l’ensemble du processus : de la conception et des études jusqu’à l’exécution et le suivi après travaux.

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APK Group

Les marchés ont été attribués à TM UltraQS, TM Power4All, TM Solutions 30 Field Services et APK Group. Batichronique s’est rendu chez APK Group – seul acteur individuel aux côtés de trois associations momentanées – afin de comprendre comment l’entreprise relève ce défi ambitieux. APK Group s’est vu confier trois régions Fluvius : Limbourg-Sud, Hageland-Dijle (région de Louvain) et Zenne-Dender (région Alost–Ninove). C’est la division Ultranetters du groupe d’infrastructures – sacré entreprise limbourgeoise de l’année en 2025 – qui assure la gestion opérationnelle du contrat.

« La gestion du projet est organisée de manière transversale sur les trois régions Fluvius. Cela nous permet de garantir une approche uniforme et des processus identiques. Pour Fluvius, cela se traduit également par un interlocuteur unique. L’exécution, quant à elle, est organisée localement depuis nos implantations. Notre site de Genk – Ultranetters Est – est responsable du Limbourg-Sud et du Hageland-Dijle, tandis que notre site de Termonde – Ultranetters Ouest – prend en charge la région Zenne-Dender », explique Sam De Bruyn, business unit manager Ultranetters.

Du plan conceptuel au dossier exécutable

L’ampleur et la complexité de la mission sont considérables. APK ne se limite pas à poser des câbles : l’entreprise gère l’intégralité du cycle de vie du projet, depuis l’étude et la préparation jusqu’à l’exécution, la mise en service, les plans as-built et le suivi après travaux. « Sachant qu’un dossier moyen couvre environ 500 mètres, cela représente quelque 400 à 450 dossiers par an pour atteindre l’objectif de 225 kilomètres », calcule Sam De Bruyn. « En termes de pilotage et de suivi, c’est un effort conséquent. »

Le processus débute lorsque Fluvius publie de nouveaux projets. « Nous recevons alors des plans conceptuels, des esquisses sommaires indiquant le tracé du câble entre un point A et un point B. Sur cette base, nous lançons une phase d’intake au cours de laquelle nous cherchons à regrouper un maximum de dossiers. Après ce regroupement, nous effectuons une reconnaissance de terrain, incluant notamment une analyse des risques. Lors de cette visite, nous identifions l’ensemble des contraintes. Ces informations nous permettent d’enrichir le plan conceptuel de Fluvius pour aboutir à un design exécutable. Une fois celui-ci validé, nous préparons l’exécution : commande des matériaux, demandes de permis de signalisation et d’autorisations de voirie. »

APK fonctionne actuellement à pleine capacité, avec 14 équipes de pose actives et réparties sur les trois régions Fluvius. En complément, environ 30 à 40 collaborateurs sont mobilisés pour la préparation des chantiers, le support technique et le suivi administratif et opérationnel.

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APK Group

Une organisation par clusters

L’un des facteurs clés de réussite réside dans l’approche par clusters mise en place par APK. Il ne s’agit pas d’une exigence de Fluvius, mais bien d’une solution développée en interne. « Nous essayons de travailler autant que possible par commune ou par ville, durant plusieurs semaines ou mois consécutifs », précise Sam De Bruyn. « Au sein d’une même entité locale, nous identifions des ensembles cohérents que nous transformons en dossiers d’exécution. Lors de la pose des câbles, nous limitons le nombre d’équipes à deux par zone. Cela évite de perturber l’ensemble de la commune, réduit les déplacements et concentre les nuisances. »

Actuellement, APK fonctionne à pleine capacité avec 14 équipes de pose, composées d’un mix de collaborateurs internes et de sous-traitants. Chaque équipe compte en moyenne cinq personnes. En parallèle, une trentaine à une quarantaine de collaborateurs sont mobilisés pour les études, l’administration, la coordination des activités sur le terrain et les travaux de raccordement technique. « Un goulet d’étranglement important reste le basculement des raccordements domestiques des anciens vers les nouveaux réseaux. Les spécialistes qualifiés sont rares et le parcours de formation pour obtenir les certifications nécessaires est long », souligne Sam De Bruyn.

Afin de maîtriser et piloter l’ensemble du processus, APK déploie actuellement un nouveau système informatique. « Cela s’inscrit dans notre programme APK Nexus. Le groupe connaît une forte croissance, notamment via des acquisitions, et chaque entité avait jusqu’ici ses propres méthodes de travail. Avec APK Nexus, nous intégrons un maximum de processus sur une plateforme unique couvrant les finances, les opérations, la planification et le suivi après travaux. Le projet Ultranetters sert de pilote. Nous avons volontairement choisi de passer rapidement en production afin d’apprendre au quotidien et de préparer le terrain pour les autres divisions. »

Un an et demi de retours d’expérience

Le projet n’a pas été exempt de difficultés. « Au départ, nous pensions pouvoir exécuter la quasi-totalité des dossiers publiés par Fluvius. Dans la pratique, nous avons constaté de nombreuses annulations ou reports dus à des conflits avec d’autres réseaux ou à un manque de coordination avec certaines autorités locales, qui n’avaient pas anticipé un tel volume de travaux », analyse Sam De Bruyn. APK a dès lors ajusté son approche. « Nous impliquons désormais les parties prenantes – notamment les administrations locales – le plus en amont possible. Cela nous permet d’identifier rapidement les dossiers devant être reportés, quelle qu’en soit la raison, et d’éviter d’investir inutilement des ressources dans des projets qui ne peuvent pas encore être exécutés. »

La culture de l’amélioration continue est profondément ancrée au sein des Ultranetters. « Au cours des deux dernières années, nous avons défini 241 points d’action, allant de détails mineurs – comme une indication peu claire sur un plan – à des sujets plus structurels. Pour chacun, nous mettons en place des mesures correctives assorties d’échéances et les intégrons dans nos processus », explique Sam De Bruyn.

Par ailleurs, Fluvius assure un suivi rigoureux du contrat. En moyenne tous les deux mois, APK est soumis à un audit système externe couvrant l’ensemble des thématiques : exécution, planification, logistique, etc. « Ces audits nous incitent à remettre en question notre fonctionnement et à améliorer en permanence notre organisation. Ils nous ont déjà permis de franchir des étapes importantes en termes de maturité opérationnelle », reconnaît-il.

Pour atteindre le quota annuel de 225 km, APK réalise environ 400 à 450 dossiers.

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APK Group

Limiter les nuisances grâce à des outils innovants

La réduction des nuisances figurait parmi les critères clés de l’appel d’offres. Dans ce contexte, APK a développé en interne la Minderhinderapp. « Son fonctionnement s’apparente à celui d’Instagram », explique Sam De Bruyn. « Les riverains, les autorités publiques et toute personne intéressée peuvent suivre certains chantiers et recevoir des informations adaptées à leur profil. Ils peuvent réagir aux publications et poser des questions. En cas de modification du planning, ils sont automatiquement informés. Le chef de projet dispose d’une vue d’ensemble des interactions, ce qui permet de réaliser des analyses et de partager des rapports avec Fluvius ou les autorités concernées. »

En complément, APK a mis en place une application spécifique pour la gestion des plaintes. « Grâce à des panneaux équipés d’un QR code sur le chantier, les riverains peuvent introduire directement une plainte. Notre responsable environnement en assure le suivi et recherche des solutions. Là aussi, nous analysons les données afin d’affiner notre approche. »

Les chefs de chantier constituent le dernier maillon de cette politique de limitation des nuisances. « Chaque chef de chantier réalise au minimum une inspection hebdomadaire par équipe. Nous vérifions notamment la présence de passerelles piétonnes, l’accessibilité des accès privés et l’état de la voirie. Lorsqu’un chantier se situe à proximité d’un commerce ou d’une station-service, le chef de chantier prend contact plusieurs jours à l’avance afin de convenir des mesures nécessaires pour garantir l’accessibilité. »

Une coordination étroite avec les parties prenantes

Enfin, APK limite les nuisances en coordonnant ses travaux avec ceux des autres gestionnaires de réseaux au niveau communal. Dès que Fluvius active un ensemble de dossiers, une notification est envoyée via le système GIPOD afin de consulter les autres opérateurs de services publics. « Lorsque des adaptations sont nécessaires sur d’autres réseaux, APK prend en charge la basse tension et, le cas échéant, les télécommunications », précise Sam De Bruyn. « Les conduites plus lourdes relèvent du processus classique Synductis. L’objectif est clair : éviter d’ouvrir une tranchée aujourd’hui pour qu’un autre intervenant doive la rouvrir quelques mois plus tard. »

Avec les communes concernées, trois moments de concertation sont prévus. Un premier lors de l’activation du dossier afin d’expliquer les objectifs. Après la procédure GIPOD, APK se rend physiquement auprès de l’administration pour présenter les dossiers à un niveau macro et recueillir d’éventuelles remarques. Enfin, le low level design est examiné en détail avec la commune : déplacement d’armoires de trottoir, réalisation de nouveaux forages, etc. « De cette manière, la commune peut réellement co-piloter le projet », conclut Sam De Bruyn. 

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