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Durabilité

L’Europe mise sur KARNO pour faire du stockage thermique un levier de la transition énergétique

Alors que l’Union européenne veut faire du stockage énergétique l’un des piliers de sa transition, une entreprise belge se retrouve au cœur de cette nouvelle stratégie. KARNO, spécialiste bruxellois des réseaux de chaleur et de froid décarbonés, fait partie des cinq projets sélectionnés à l’échelle européenne pour illustrer l’Accord tripartite sur le stockage énergétique, porté par la Commission européenne.

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L’accord réunit industriels, institutions financières, États membres et institutions européennes autour d’un objectif ambitieux : faire passer la capacité de stockage de l’Union de 55 à 200 GW d’ici 2030. Il vise à stabiliser les prix de l’énergie, réduire la dépendance aux importations fossiles et faciliter l’intégration des énergies renouvelables dans les réseaux électriques et thermiques. Pour la période 2026-2028, le texte fixe notamment une hausse annuelle de 20 % du déploiement du stockage par rapport à 2025, soit environ 45 GW supplémentaires, ainsi qu’un triplement du stockage thermique industriel.

Le projet mis en avant par KARNO concerne le nouveau quartier de Kirchberg, au Luxembourg, où l’entreprise développera, au sein d’un consortium avec Cordeel et Hydrogaz, un réseau de chaleur et de froid destiné à alimenter 3.500 logements, des commerces et plusieurs bâtiments publics. À terme, plus de 8.000 habitants devraient bénéficier de cette infrastructure, qui desservira notamment deux écoles et une maison de repos.

La solution repose sur une combinaison de pompes à chaleur air-eau et eau-eau, couplées à l’utilisation des nappes phréatiques comme réservoir thermique naturel. L’eau souterraine permet de stocker et de restituer la chaleur selon les besoins du quartier. En mutualisant les consommations de logements, d’écoles, de bureaux et d’autres équipements, le réseau peut absorber les pics et les creux de demande, offrant une flexibilité précieuse au système énergétique.

C’est précisément cette dimension systémique que KARNO entend mettre en avant. Les réseaux de chaleur électrifiés, lorsqu’ils sont associés à des sources locales comme la géothermie, la chaleur fatale industrielle ou le solaire thermique, peuvent réduire fortement la pression sur le réseau électrique. Selon le cadre européen EED cité par l’entreprise, un mix intégrant des réseaux de chaleur pourrait réduire la puissance de pointe électrique d’environ 40 %, et jusqu’à 46 % lorsque le foisonnement des usages et un stockage thermique simple sont valorisés.

Pour Arnaud Latiers, cofondateur de KARNO, chaque réseau de chaleur constitue aussi « un projet de flexibilité électrique ». En centralisant la production de chaleur et en intégrant du stockage thermique, ces infrastructures permettent d’éviter certains renforcements coûteux du réseau électrique et de libérer de la capacité pour d’autres usages, comme la mobilité ou l’industrie.

Fondée à Bruxelles en 2021 par Arnaud Latiers et Grégory Meys, KARNO connaît une accélération rapide. L’entreprise affirme avoir structuré 40 projets en Belgique et au Luxembourg, représentant près de 200 millions d’euros, dont huit réseaux déjà opérationnels en Belgique, notamment à Fleurus, Jodoigne, Louvain-la-Neuve, Charleroi, Liège, Bruxelles et Wavre. Elle indique également étudier 750 millions d’euros de projets supplémentaires.

Son chiffre d’affaires devrait passer de 5 à 6 millions d’euros en 2025 à 20 millions d’euros en 2026, avec un objectif de plus de 100 millions d’euros à dix ans. KARNO mobilise aujourd’hui 65 personnes sur ses projets, dont 20 emplois directs, et bénéficie d’un accompagnement de la Banque européenne d’investissement pour treize nouveaux projets.

Au-delà de la reconnaissance institutionnelle, cette sélection envoie un signal fort à l’écosystème belge de l’énergie. Dans un pays où moins de 1 % de la chaleur est distribuée par des réseaux thermiques, KARNO veut démontrer que la chaleur peut se stocker, se piloter et devenir un service de flexibilité à part entière. Un modèle que l’entreprise espère désormais reproduire dans d’autres villes européennes.

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