POUR ISOVER AUSSI, L’ISOLATION BIOSOURCÉE EST LÀ POUR DURER
Alors que la laine de verre traditionnelle a fait ses preuves depuis des décennies en matière de sécurité incendie et de performances acoustiques, l’isolation biosourcée gagne rapidement en popularité. Isover propose également des panneaux à base de fibres de bois et de chanvre, même si ceux-ci ne représentent encore qu’environ 1 % de son chiffre d’affaires. Pour le product manager Rogier Stoker, il est néanmoins essentiel de nuancer les affirmations actuelles en matière de durabilité.
Bien qu’Isover dispose de plus de vingt ans d’expérience dans les produits biosourcés, Rogier Stoker met en garde contre des conclusions hâtives concernant leur empreinte écologique. « La perception veut que les matériaux renouvelables soient par définition plus durables, mais la réalité est plus nuancée », explique-t-il.
Liants synthétiques : un point critique
« Si l’on parle des panneaux isolants, ils ne sont aujourd’hui pas encore aussi durables que la laine de verre ou de roche. Le principal défi réside dans leur transformation et dans leur fin de vie. Pour maintenir la cohésion des fibres, il faut encore recourir à jusqu’à 15 % de liants synthétiques. Cela complique fortement le recyclage. Conséquence : le CO₂ capté par la plante durant sa croissance est souvent libéré en fin de cycle. À l’heure actuelle, environ 95 % de ces matériaux sont incinérés, ce qui entraîne un rejet du carbone stocké dans l’atmosphère. »
Production énergivore et impact du transport
Le procédé de fabrication joue également un rôle déterminant. « Transformer des végétaux en fibres exploitables nécessite d’importantes quantités de vapeur. Ensuite, le séchage des panneaux demande lui aussi une énergie supplémentaire. »
À cela s’ajoute la question du transport. « La quasi-totalité des isolants biosourcés est produite en dehors du Benelux. Dans notre cas, le chanvre est certes cultivé aux Pays-Bas, mais la production a lieu en République tchèque. Le transport pèse donc lourdement sur le bilan environnemental. Au final, le processus de production n’est aujourd’hui pas plus durable que celui de la laine de verre ou de roche. Sans oublier les exigences en matière de réaction au feu, qui imposent souvent l’ajout de matériaux complémentaires, au détriment de la performance environnementale globale. »
Innovation et relocalisation des filières
Malgré ces réserves, Isover considère l’isolation biosourcée comme une solution d’avenir.
« Sa part de marché reste aujourd’hui limitée, mais son potentiel est réel, à condition de poursuivre l’innovation. Nous investissons notamment dans la recherche pour remplacer les liants plastiques par des alternatives biosourcées. Par ailleurs, nous travaillons activement à la mise en place de filières locales. Nous avons ainsi noué un partenariat avec Dun Agro, un acteur majeur du secteur du chanvre aux Pays-Bas. Il s’agit du seul fabricant de panneaux isolants en chanvre à partir de culture industrielle locale. De plus en plus de conditions sont aujourd’hui réunies pour relocaliser la production aux Pays-Bas, où nous pourrions également recourir à de l’énergie verte. Cela permettrait de proposer une approche réellement cohérente, intégrant l’ensemble du cycle de vie de l’isolation biosourcée. »