En tant qu’abonné, vous avez un accès à tous les articles sur BATICHRONIQUE.be

Actu société

Entretien avec… Sophie Velge - Au Fbn Belgium les familles se sentent en famille

De son poste de Ceo du Fbn Belgium (Family Business Network), la «fédération» des entreprises familiales de Belgique, Sophie Velge représente une force de frappe économique et sociale dont on ne soupçonne pas l’importance. Elle-même issue d’une illustre dynastie d’entrepreneurs – la famille Bekaert dont elle incarne la 4e génération – elle sait de quoi elle parle quand elle évoque les forces et les faiblesses des entreprises familiales.

Le 7 décembre dernier avait lieu la 3e édition des Family Business Awards of Excellence. (©EY)

Ce qui vaut pour tout un chacun est valable également pour le monde des entreprises: la famille ça rend fort.  C’est ainsi que de nombreuses études laissent entendre que les entreprises familiales résistent mieux que les autres aux situations de crises. Mais – et tout le monde en a sans doute fait l’expérience – la famille c’est parfois compliqué à gérer aussi... Et c’est tout aussi vrai dans le cadre des entreprises, lesquelles doivent non seulement mener leurs affaires à bien dans un contexte de plus en plus concurrentiel, mais également organiser la gouvernance familiale, veiller  au respect des valeurs familiales et en assurer la pérennité.

Il n’en reste pas moins que les entreprises familiales semblent mieux armées pour faire face aux soubresauts conjoncturels; c’est en tout cas ce qui ressort de plusieurs enquêtes sur le sujet. Sophie Velge aurait plutôt tendance à valider ce constat. Pour expliquer cette capacité de résilience, elle voit plusieurs raisons dont l’une des plus importantes réside dans le fait d’envisager les choses à long terme et pas à l’horizon d’un ou deux bilans financiers: «leur business model qui allie stratégie à long terme et attitude souvent plus mesurée face au risque est interpellant dans ce monde volatile.  Si le journal The Economist les a qualifiées de «Ports dans un monde impitoyable», c’est parce qu’elles se distinguent par le besoin d’un cap, d’une vision à long terme et de valeurs familiales durables pour y intégrer les générations à venir. Par ailleurs, le fait qu’une famille investisse ses propres deniers entraîne souvent une attitude plus mesurée face à un endettement excessif et des bilans solides.» Enfin, la plupart des entreprises familiales ont une incroyable faculté d’adaptation, «le mélange des générations au sein de l’entreprise n’y est pas étranger: les jeunes apportent en héritage les idées de leur époque et permettent à l’entreprise de s’adapter à un nouveau monde.»

Les entreprises familiales ont aussi leur faiblesse: parfois, trop d’attachement aux traditions, aux métiers traditionnels et où la famille peut constituer un frein à l’innovation.

Un réseau qui capte loin

Le Fbn Belgium a été fondé en 2005. Il compte aujourd’hui un peu plus de 100 sociétés membres, ce qui représente environ 700 membres individuels. Comme il existe plusieurs définitions de ce qu’est une «entreprise familiale», le Fbn a défini ses propres critères pour accorder le statut de membre à une entreprise: la majorité du droit de vote lors de l’assemblée générale doit se trouver dans les mains du fondateur ou du propriétaire de l’entreprise et de sa famille; si l’entreprise familiale est cotée en Bourse, la famille doit détenir au moins 25% des voix. Par ailleurs, au moins un représentant de la famille doit être actif dans le management ou la gouvernance de l’entreprise. En outre, cette dernière doit avoir accueilli une troisième génération en son sein. Enfin, le chiffre d’affaires doit être au moins égal à 50 millions d’euros. Dernier critère et non des moindres: l’entreprise doit être respectueuse des règles éthiques. «Nous insistons beaucoup sur la responsabilité sociétale des entreprises. On ne vit pas en dehors du monde, ce qui s’y passe nous concerne. Et j’ai parfois l’impression que cette conviction est plus massivement partagée au sein des entreprises familiales. Peut-être parce que, précisément, on pense à long terme et qu’on tient à préserver un avenir durable pour les générations à venir.»

Le Fbn se veut le réseau des grandes entreprises familiales belges, un endroit où les représentants de ce monde très particulier peuvent échanger des expériences avec des gens qui connaissent les difficultés propres aux entreprises familiales. «Le Fbn Belgium permet de sensibiliser chacun aux nombreux défis des entreprises familiales et de devenir un actionnaire responsable et engagé. La grande diversité d’orateurs et de thèmes abordés aide nos membres à répondre aux questions qu’ils se posent et à discuter avec d’autres participants qui vivent souvent des situations comparables», résume Dominique Moorkens, président du Fbn Belgium

L’avenir se prépare aujourd’hui

L’autre mission du Fbn est d’aider les jeunes à reprendre le flambeau. Et les entreprises à le leur laisser quand le moment est venu. «Transmettre l’esprit entrepreneurial et laisser sa place à la jeune génération qui comprend mieux les enjeux de notre monde en pleine accélération. Cela suppose de la former à prendre ses responsabilités.» Au Fbn, on appelle ces «jeunes» la «NxGen» (next generation). «Ils ne sont d’ailleurs pas tous aussi jeunes que cela (leur âge varie de 18 à 40 ans), mais ils n’exercent pas encore le pouvoir. De nombreux programmes leur sont destinés afin de leur donner l’occasion de développer leur réseau dans une ambiance décontractée et d’échanger avec les générations précédentes en toute franchise et confidentialité.»

La centaine de sociétés membres du Fbn Belgium totalisaient, début 2016, un chiffre d’affaires supérieur à 70 milliards d’euros et employaient plus de 320.000 personnes dans le monde! A noter que 80% des membres ont atteint au moins la 3e génération et la plus ancienne entreprise en est à la 11e génération. Deux chiffres résument le poids des entreprises familiales dans l’économie belge: 33% du Pib de la Belgique et 45% de l’emploi total. Un poids qui se ressent aussi à l’échelle mondiale puisque ces entreprises représentent plus de 60% de toutes les entreprises d'Europe et du continent américain, et environ 50% des emplois…

Le Family Business Network international (Fbni) – dont le Fbn Belgium est un des 27 «chapitres» - représente ces entreprises au niveau international. Ce réseau compte actuellement plus de 10.000 membres répartis dans 58 pays, dont 4.000 Next Gen.

Et visiblement  leur avenir semble assuré. Selon Mc Kinsey, les entreprises familiales prendront une part prépondérante dans notre économie. Ce bureau prévoit la création de plus de 4.000 grandes entreprises familiales à l’horizon 2025, essentiellement du fait des pays émergents où de nombreuses sociétés sont familiales. Elles pourraient représenter alors 40% des entreprises qui génèrent un chiffre d’affaires  d’au moins 1 milliard de dollars (et même 60% en Asie) alors qu’elles n’étaient que 15% en 2010.

Adie Frydman

Newsletter

Recevez notre newsletter et soyez au courant des dernières actualités

La veille des projets